"La lucidité est la blessure la plus proche du soleil"
René Char
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Cela se passe à quelques stations de chez moi,
au Centre Culturel d’Uccle (Bruxelles), rue Rouge, 47 plus précisément,
(d'où le choix de la couleur des caractères).
J'y fais deux rencontres vivifiantes, et je reconnais des gens, ici et là, connus dans une autre vie.
Ils ont suivi leur petit bonhomme de chemin, et ont beaucoup écrit.
Dans des livres papier à couverture brochée sous copyright, et bien sûr le code ISBN ...
De quoi donner quelque matérialité, un statut de pacotille à ce qui n'en a pas -
Le soir de l'inauguration, on m'offre des zakoustis et deux verres de champagne. C'est très agréable : je rencontre quelqu'un avec qui je suis en relation virtuelle depuis bien des années ! Internet est un village, et nous vivons dans "le petit monde".
Avant d'avoir eu l'occasion de me présenter ... il sait déjà que c'est moi ... on s'était parlé à l'abord d'un stand. Il est plus mince que je ne l'avais imaginé.
Cet écrivain me raconte un peu ses coups de coeur, le long travail de traduction d'une écrivaine roumaine ...et aussi sa fatigue. Une certaine désillusion transperce son regard sous les lunettes sages de scientifique aux talents multiples.
Il est vraiment adorable, m'offre l'un de ses livres (au lieu de le vendre !), m'introduit à un ami éditeur qui m'impressionne beaucoup (j'en parlerai une autre fois).
Puis je cherche les livres, j'écoute distraitement ...
Rien ne résonne ... Il n'y a pas de voix. La grande voix poétique qui m'a menée ici. Il n'y a pas non plus le grondement du cyberspace, le grondement sourd d'une solitude universelle et vivifiante.
En gros, c'est l'hiver, il fait froid dehors, et la littérature ... brille toujours par son éternelle absence, une absence concertée, organisée, sociale. Pas de scandale, surtout,
pas un mot plus haut que l'autre.
Une littérature technicienne et virtuose qui empile les invendus sur les invendus, et occupe le troisième âge (rien contre, du contraire, j'aide une toute vieille dame à transporter ses sacs de
documentation; elle me raconte les derniers moments de son compagnon, il y a trois ans et demi, mais toujours cette souffrance d'avoir perdu l'être cher).
Il y a quelques jeunes aussi, des jeunes femmes à l'affût.
Mais l'on comprend vite que le public, qui ne s'est pas déplacé en masse pour fêter ses écrivants, n'a pas le feu sacré.
Pourquoi sont-ils venus, au fait ? pour toucher les objets-livres, passer le temps, et s'assurer que les écrivains sont des êtres vivants ?
Moi, je retourne dans mon cercueil cybernétique, et je vous le promets ...
personne ne brûlera mes livres, ni ma parole. D'ailleurs, il n'y a rien à brûler ...
Ils sont enterrés au plus profond du secret, jetés sans discernement dans la mer cybersidérale qui se souvient de tout, de toute éternité.
CYBERSPACE IS OUR LAST FIGHTING GROUND
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