Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Aline Tilleul

La Fille qui n'aimait pas ses seins

100 000 emplois fantômes

 

 

La nouvelle idée écologiste en matière d’emploi serait de créer grâce à un «plan tandem», quelque 100.000 emplois à mi-temps, en amenant les travailleurs âgés à passer à temps partiel et perdre un quart de leur salaire au profit d'un jeune. 

 

Sans doute basée sur le postulat que les aînés sont plus riches que les jeunes, et sur le constat qu’une tranche vieillissante de la population aura travaillé beaucoup plus qu’une autre, vouée à l’oisiveté, cette proposition signe l’impossibilité dans ce pays à penser le travail en dehors du chômage ou les revenus en dehors du travail. 

Avant les élections 2009 déjà, les écologistes avaient promis à leurs électeurs un «New Green Deal».  La nécessité alors d’une définition de ce que l’on entendait par emplois «verts», sans jeux de mots, prend tout son sens.

En effet, la mesure concoctée par les écologistes présentée ici comme un pacte intergénérationnel et social  ne change en fait vraiment rien au fond de la problématique de l’emploi.  C’est une politique de la chaise musicale.

Même en cas de succès, ce qui impliquerait un programme de gestion du changement pour convaincre employeurs et employés, les 100 000 emplois ainsi créés pour les jeunes ... correspondent à autant d'aînés tombant sous l'aumône de l'Onem ...  Aucun emploi n’est donc véritablement créé.  

Vu le coût de la vie, la "solidarité" intergénérationnelle s'arrête effectivement au porte-monnaie, les quinquagénaires «affaiblis» pouvant difficilement supporter la survie de ceux que le politique considère désormais comme plus pauvres encore (les jeunes !!!) car il n’est fait aucun cas de leur force ni de leurs talents. 

Enfin, le "complément" Onem n'entrant pas du tout dans le cadre de la politique de l'emploi européenne actuelle (activation, etc ...), cela laisse présager qu'à terme, il s'agit d'une promesse en l'air.   

A un moment donné, comme cela est déjà prévisible, les personnes «âgées» basculeront tout simplement dans une pauvreté invisibilisée ...

 

Mais le plus grave dans ce concept, c’est la dualisation intolérable et qui ne se justifie nullement en termes d’impact, qui oppose les plus vieux qui ont été jeunes et les jeunes qui un jour vieilliront forcément à leur tour.  Et ce, dans une optique clairement énoncée de profit et d’exploitation : un jeune,  cela coûtera moins ou pas du tout ; les jeunes à travail égal auront un mi-salaire « avantageux »  ...   mais pour quoi ?  La même mesure peut être tout aussi avantageusement repensée dans l’autre sens : des «jeunes» de 35 ans filant un mi-temps à des « vieux » de 55 ans le temps d’élever leurs enfants … 

La proposition écologiste rétrograde sur base volontaire et fragilise à leur insu des gens ayant travaillé toute leur vie à un sous-statut.  Ils proposent tout simplement le sacrifice d’un «acquis» en fin de carrière.  Vision à confronter avec celle de ceux qui nous ont précédé.  Car il y a quelque temps à peine, ces mêmes personnes «âgées» pouvaient, après de longues années de travail, bénéficier d’une pré-retraite  ...    Or, cette génération-là est justement celle qui a succédé aux  «trente glorieuses», et que l’on a nommé  «la génération perdue».  Emplois flexibles, crise, carrière allongée, et perte du pouvoir d’achat … tel est le lot de cette tranche d’âge qui très souvent n’a pas de perspectives satisfaisantes de retraite.  La mesure écologiste vise donc pour eux la transiton inéluctable vers une pauvreté définitive.

Leur cible marketing de cette action, sont-ce les jeunes ?

Forts de leurs talents, et de leur avenir, ceux-ci accepteront-ils la bouche en cœur ces mi-temps sous-payés ?

Le politique pense-t-il avoir fait son devoir face aux nouvelles générations bradées à bas prix ?

Ou est-ce à présent à la jeunesse elle-même de trouver les voies nouvelles de son propre devenir et d’inventer tout autre chose, en termes de véritable réflexion sur la situation collective, de véritable partage du travail et des ressources ?  Quelquechose de résolument écologiste, au sens fort.

 

Bien sûr, les élus qui entre 50 et 55 ans ont imaginé à leur image cette forme de partage du travail sont invités à tester les premiers leur propre concept en léguant à d’autres la possibilité de penser les affaires de la Cité …

Qui sait ? peut-être que monsieur ou madame TouleMonde, même mal payés à mi-temps, trouveraient mieux pour le plus grand nombre, et avec une plus grande intégrité ?

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article