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Aline Tilleul

La Fille qui n'aimait pas ses seins

Arnaque et traque à Saint-Gilles

 

 

Déjà en sortant du métro place Albert, je m’étais arrêtée devant la belle statue-chrysalide en bronze. 

J’oublie toujours le nom de cet artiste, et je n’ai rien sur moi pour la prendre en photo.

Cette œuvre est fascinante : une chrysalide géante, bronze doré, clouée sur l’un des murs du métro, toute brune, maléfique, ou enchantée, qui vous regarde de ces yeux globuleux, sur fond d’écriture arabe.

Une écriture belle, fine, musicale.

Elle porte un tout petit sur son ventre et si l’on remonte plus haut, il n’est que probable que sa gorge a été lacérée de mille voix, et qu’elle est muette.

 

Quelle étrangeté, pourtant, lorsque le regard, pour reposer l’esprit, plonge à ses pieds !

A travers une vitrine reposent des œufs bizarres comme empaquetés, divisés en six. 

Eux aussi sont parcourus de part en part de ces étranges hiéroglyphes.

Quand effrayé par cette terreur nouvelle, le passager s’élance vers le métro, ce n’est pas sans apercevoir à sa gauche une espèce de char en bois qui transporte un œuf géant, blanc, grossi, cette fois comme une bombe à retardement.

Toutes ces inscriptions incompréhensibles sur les choses à naître, c’est comme une musique cybersidérale qui sort de la bouche muette du Grand Etre crucifié dans le métro, ou simplement accroché pour toujours parce que ce lieu lui plaît entre tous.

 

 

 

Assis sur la banquette du métro, il ne reste plus qu’à admirer le mur d’en face.

 

Cette fois, ces sont des tags d’une splendeur inhumaine.  Eclaboussures de couleur, les signatures explosent comme une promesse d’amitié, mais aussi comme un chant guerrier qui n’a pas peur des avenirs.

 

 

 

Saint-Gilles.  Une station plus loin, je sors de la bouche du métro Horta.
C’était prédestiné.  Cette galerie qui m’intrigue à chaque passage est enfin illuminée, d’habitude elle est toujours fermée : un gorille géant est même exposé à la fenêtre …

D’habitude, ce sont des œuvres plus dépouillées, qui frappent leur invisibilité.

Comme par hasard, au moment où je pointe ma tête pour voir, quelqu’un à l’intérieur fait de même, un peu comme une invitation, et justement, un jeune homme derrière moi veut entrer avec un paquet dans les mains.

Je suis quasi poussée à l’intérieur.

« Excusez-moi, chaque fois que je passe dans le quartier cette galerie m’interpelle.»

« Asseyez-vous me dit-on » -

C’est Karim qui va vous faire visiter la galerie, c’est son travail.

Gros rires.

Karim s’est justement assis et a déballé son repas.

« Mais ne vous dérangez surtout pas, je suis juste de passage. »

 

Karim commence à expliquer puis : « Gerardino, c’est lui le coordinateur.

Moi je suis article 60.

Il répète : « article 60 », comme s’il répétait une formule magique, qui n’a de sens que pour les initiés.

 

Le laïus de Gerardino commence assez bien :

« Je suis coordinateur de ce projet de chômeurs indemnisés. Une expo aura lieu d’ici une quinzaine. »

« Ah ! bon !  je reviendrai ».

« Mais non laissez-le vous expliquer ».

« C’est un projet collectif ».

« O-oui ».

« Je n’y connais rien en art. » Gerardino de marteler, un très sympathique sourire aux lèvres comme s’il allait en lâcher une bien bonne (à moins que ce qu’il trouve marrant, c’est de coordonner un projet dans un domaine inconnu : l’art, évidemment, quoique l’on sous-entende sous ce terme).

«On exposera dans une quinzaine.

Voilà, vous voyez le gorille à la fenêtre. »

«Oui. Et aussi les gants de boxe suspendus là derrière vous».

Là, je fais mouche, désastreux.

« Mais ne me demandez pas ce que cela signifie car je n’y comprends rien » Gerardino de se disculper comme pris sur le fait.

« Gerardino est un syndicaliste gaucho » de s’immiscer, Karim –

« Ah ! bon ! »

« L’art collectif, c’est tendance, dis-je, ne sachant comment les sortir de ce mauvais pas (je n’aurais jamais dû entrer !).

« Assez apocalyptique, mais c’est la tendance de nos XX – XXIème siècles, je crois » - dis-je de mon air un peu pontifiant.  Allez voir dans les musées modernes : Paris, Luxembourg ..."

« Je n’y connais rien en art » de marteler une fois de plus Gerardino. »

« Ah ! si vous voulez je peux vous proposer une installation d’art conceptuel.

J’en rêve : ça s’appelle « Statu-t d’artiste.  Qu’en dites-vous ?» dis-je, pleine d’espoir.

Mais l’espoir me va mal par ces temps-ci.

« Je n’y connais rien en art conceptuel, je ne fais que coordonner, remplir les dossiers »

« Et l‘art ne vous intéresse pas, un tout petit peu, à la longue ? »

« Je remplis les dossiers, c’est mon travail, j’obtiens les subsides, il faut de la lumière, du chauffage, le bâtiment. »

« Il travaille au syndicat » d’ajouter Karim.  « Il coordonne, et moi je jette des ponts.  Je suis article 60. »

«Nous, nous sommes en dehors de la pensée productiviste » dit encore Karim.

« Oui, le mythe de l’individu qui devient superstar. » surenchérit Gerardino, comme s’il était remonté sur le ring.

Là, je sens comme une attaque à mon égard (mais vous n'êtes pas superstar me direz-vous, ben ... justement ...
« Ah ! bon ! j’ai laissé croire que je marchais dans ce système, moi ?
J’entre dans votre galerie, je découvre un projet collectif, je vous propose une œuvre …

Vous allez me dire que le projet collectif consiste à ce que chacun crée, A L’EXCEPTION des artistes ?

Et vous, pour un syndicaliste gaucho, je suis vraiment la dernière personne à qui vous en prendre.  Je passe …  »

Je crois que je deviens verte, j’ai déjà la main sur la clinche.

Parviens enfin à m’esquiver : « Il faut que je parte, je sortais acheter quelquechose à manger, moi aussi, tout comme Karim. »

 

Une fois dehors, je respire un grand coup : ouf ! quel soulagement !

J’ai l’impression de sortir de la Cage aux folles, à moins que la folle ne soit moi …

C’est couru …

 

 

Décidément, je dois dégager de la dynamite, la moindre discussion avec moi semble tourner en pugilat.

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Richard 25/06/2010 22:27


Fascinant pugilat de mots ---


LADY MARIANNE 13/10/2009 14:38


bonjour ALINE !
tu étais encore allée où !!
ha sacrée Aline !!
bises lady Marianne


LADY MARIANNE 13/10/2009 14:37


bonjour ALINE !
tu étais encore allée où !!
ha sacrée Aline !!
bises lady Marianne


LADY MARIANNE 13/10/2009 14:37


bonjour ALINE !
tu étais encore allée où !!
ha sacrée Aline !!
bises lady Marianne


LADY MARIANNE 13/10/2009 14:37


bonjour ALINE !
tu étais encore allée où !!
ha sacrée Aline !!
bises lady Marianne