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Aline Tilleul

La Fille qui n'aimait pas ses seins

Cadeaux de la Vie

 

 

 

Alors, moi, ce que l'on me donne, je le prends,

je le tiens, je le maintiens et je le rends au centuple.

 

Cela pouvait paraître un peu étrange, et fastidieux, mais tout se tient, rien n'est étrange.
Tout s'écrit, de façon parfaite et parfaitement cohérente, de la cohérence des corps.  Le squelette tient les chairs, et les neurones synapsent.  La langue maintient l'é-cri-t "où s'efforce un cri minéral" (Norge).  Tout se tient, en soi et hors de soi.

 

 

Dans le Livre, où jusqu'à la fin elle attendait un don unique, c'était un beau cadeau, finalement, que lui fit son amant très distingué,

un cadeau certes empoisonné,

un cadeau d'amour pour quelqu'un que l'on n'aime pas, et que l'on n'a jamais aimé, que l'on n'aimera jamais et jamais plus, non plus.  Il n'y a pas d'explications à chercher ni à donner.  Quand la Folie nous tient.

Dans la Vie, les choses sont très simples, et il faut les prendre simplement, avec détachement. 

Mais qu'importe une rencontre manquée, somme toute banale,

si cette personne-là, personne, tout le monde, l'a pris, ce cadeau, et l'a remodulé à son image,

une image fantasmée et tellement exceptionnelle.

Cette image était celle de quelqu'un qui ne vivait pas, qui n'avait peut-être jamais vécu,

mais qui écrivait, depuis toujours.  Comme les marées écrivent sur les pierres, les rides sur les visages.

Elle écrivait à même la matière de l'écrit, son profond, son inépuisable Néant.

En osmose avec les secrets des êtres et des mondes.  Translucide.

 

 

Et ensuite, lorsque le Temps avait longtemps passé, elle s'était encore battue pour sauvegarder ce cadeau qui lui avait été fait, afin de garder une trace de quelquechose, même, et surtout de Rien.

Un cadeau qui n'en était pas, qui s'adressait à une autre, l'Autre en elle qu'il avait créée de toutes pièces, un fantasme, celle qu'il avait cru qu'elle était et qu'à la fin, il n'avait pas aimée, elle n'était qu'un Beau Masque.


En même temps, la méprise ainsi éclatait au grand jour, et il n'y avait plus rien à attendre, de personne.

C'était fini.

 

 

 

Ainsi donc, finalement, sa persévérance lassait,

et on avait même essayé de la tuer,

pour lui reprendre le peu d'existence qu'on pensait lui avoir donné, et à quoi elle s'était accrochée,

non pas pour elle-même, mais pour vous sauver --

------  de la cruauté.

 

Il était en fait impossible de rien reprendre,

de ce que personne n'avait donné ...

Car si reprendre un bien qu'on a donner, c'est voler, reprendre ce qui a été donné de l'être, jamais ne se reprend.

 

 

 

A quoi cette logorhée rimait-elle, à la fin, et rimait-elle seulement ?

Elle regrettait les paysages qu'elle n'avait pas vus,

ceux dont il avait peut-être parlé dans son demi-sommeil.

Le Vézelay, d'où il avait ramené un foulard de soie couleur Feu.

 

 

 

Quand soudainement son visage absent se rapprochait de ses rêves, elle humait sur sa peau parcheminée le sel d'une mer lointaine et nostalgique, une mère noire et opaque qui lui resterait à jamais étrangère.

 

 

C'est ainsi que La Vie, dans son immense bonté et complexité, nous fait des cadeaux et nous abreuve de mortelle Douleur.

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