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Aline Tilleul

La Fille qui n'aimait pas ses seins

La Chute


Il est certes bien inutile de vous dire que par mégarde ou un mauvais karma je suis "tombée en littérature".  "La Fille ..." malgré la petite tragédie humaine qui l'accompagnât fut le point de non-retour.

 

On me disait déjà depuis toujours que j'avais du talent, c'était déjà écrit sur mes bulletins primaires, secondaires … le style me poursuivait partout, comme une guigne,

Comme ce jour où interrogation surprise en physique, n'ayant aucune idée à creuser, je fais un clin d'oeil baudelairien sur la feuille physiquement et déséspérément blanche des cancres (je ne l'étais pas, ce fut un accident mémorable) : « la Toile était levée ,,, et j'attendais encore ».
Cette jeune prof de physique si sexy qui d'habitude jouait de ses faux cils et corset avec séduction était furax, quand elle vint me chercher en plein cours de math pour me gifler à toute volée ,,,Mes condisciples en profitèrent pour jouer un tour de cochon à la charmante mami qui nous sevrait à tout jamais de la science mathématique, une blonde décolorée et bouffie, lente comme on l'est dans le borinage.

 

Ce qui compte c'est la vision, me dit une amie qui écrivait admirablement, l'image globale dans laquelle on se sent être. Il ne suffit pas d'être dans la vérité, encore faut-il l'écrire, et encore faut-il la traduire, comment dire... en image globale.

Elle me disait que mon problème, en fait, c'était la poésie, faite de fuites, de fragments, d'instantanés et dans laquelle j'étais installée depuis toujours … il y en aurait des romans à écrire, mais la traîtresse est là et m'exhorte au silence, une perfection qui n'est point de ce monde. « Ne me trahis pas » dit-elle. Pas une phrase, pas un souffle sans moi. Alors, je fais quoi, moi, pour vivre ? Par la poésie atteindre un roman qui s'échappe, je crains que cela ne soit pas possible. Une pensée, au lieu d'être dite en poésie "directe" ou en réflexion attaque tout autrement. Il y a un ton et une atmosphère.

Je suis sûre de ceci : au départ, l'on sent bien si l'on est dans le ton. presque un ton de la voix, presque : dire la vérité, ou ce que l'on croit être la vérité de la vie, ou plutôt en dehors de la vie, puisque la vie est imposée par les autres. La vie, nous n'en savons rien, et nos possibilités de départ sont condamnées de toute façon par les autres, sans même que nous nous en soyons aperçus.

Ce n'est pas que l'on nous empêche d'être, non : au départ, à l'origine, quelque chose ou quelque être se rate dans la confiance qu'il accorde à ceux qui au fond sont des imposteurs. La naïveté ou l'innocence, qui rend difficile de déceler la méchanceté et la perversité dans le monde, c'est ce qui fait le poète, et c'est pourquoi cette innocence peut condamner à mort. La mort sociale, définitive. Une crédulité sans méfiance … tel est l'apanage de la poésie en son essence,

Et voilà le fait : les souvenirs que nous avons de notre vie, ce sont les souvenirs d'actions dans lesquelles nous nous somme fourvoyés par innocence. Le fourvoiement est inéluctable, mais la littérature permet de revenir en arrière, de faire un feedback, oui on peut remonter le temps, et transformer à notre avantage ce qui vous est arrivé. Certains parlent de résilience.

Mais je ne pense pas que l'on puisse se rattraper en tant que personne, par exemple par la psychologie ou par une analyse critique comme une auto-biographie; j'ai essayé, on trouve des choses mais on ne s'attrape pas, parce que l'on s'explique, et en somme on ne fait que s'expliquer aux autres, c'est bien le piège qu'ils tendent.

Au lieu qu'avec la poésie nous avons notre chance.

Le problème c'est l'attaque du roman, quand vous sentez le ton. Le souffle est là, mais c'est le souffle du poème qui naît comme un silence foudroyant.

Vous voyez bien et je le vois dans mes textes, c'est bien le passé qui remonte. La difficulté, c'est le dédoublement entre soi et le personnage qui vient du souffle poétique, vous l'avez compris.

Je dirais que pour écrire il faudrait être trois : la dernière serait l'instance critique, au sens d'une mise à distance, mais surtout de critique littéraire : assimiler ce que l'on écrit et non seulement le dépasser, mais pour ainsi dire changer sa forme, un peu comme une "époque" d'un peintre dans son oeuvre peinte.

Bref pour en revenir à la crédulité : on ne peut pas s'empêcher d'être dupe, et je déteste les gens pointilleux et surtout les précautionneux, qui ne s'engagent que lorsqu'ils sont sûrs d'atteindre le but. Donc on part de l'innocence, mais si ensuite on ne parvient pas à se retourner sur soi en créant un personnage de soi, là on s'enfonce, car la conscience revient une deuxième fois dans les sillons où l'on s'était fourvoyés.

La première fois c'était la vie, et au moins étions-nous dans la vie, quelqu'un qui était là, dupe, vivait et c'était déjà pas mal. Nous étions un personnage innocent sur une scène que nous n'avions pas dressée. remarque peu originale certes, mais la pillule est difficile à faire passer. Je veux dire que lors de la deuxième fois, dans notre souvenir de nous-même, cette fois-ci nous ne sommes pas dans la vie, et pourtant quelque puissance nous ramène, ce serait en fait comme une régression, nous subissons le souvenir. Seulement quand nous ne le subissons pas, le passé devient rêve.

Le plus difficile, c'est de transformer ça. Reprendre sans doute le même décor, mais se penser comme un personnage, et non pas comme soi.

Actuellement, dans le présent, nous ne sommes ni celle que nous sommes, ni celle que nous fumes; l'une n'est pas, et l'autre n'est plus. Or celle qui est maintenant devrait pouvoir se déduire de celle qui fut...

Sans compter que ce ne sont pas seulement les autres qui nous dupent, mais ce que nous fumes, nous le fumes en tant qu'une autre (on appelle facilement ça une "identification à un tiers" mais ça n'explique rien du tout),

Donc la première fois dans la vie, nous eûmes l'avantage de vivre en étant dupes, mais nous vivions cependant, mais en tant qu'Autre, par ex identification psy à je ne sais quel personnage de la famille (d'ailleurs, plus profondément, ce que nous fumes ne fut que ce que disait de lui-même un Autre, par ex on vente tel héros ou héroïne familiale, et je le deviens).

Les contraintes de la vie nous obligèrent à devenir autre, à prendre les plis d'un personnage. La difficulté c'est de se reprendre,  de libérer quelque chose tout en le re-présentant comme une histoire, car un roman c'est aussi ça. Il faudrait que le ton, dès le départ, captive le lecteur, un peu comme soi-même dans une première vie fût captivée par l'action.

Le mieux, selon moi, ce serait de relire les romans qui me plaisent, et de les analyser relativement froidement. C'est pourquoi sur mon blog toutes ces couvertures de livres que je lis jour après jour, consciente que lire ne sert à rien. Par la lecture, je recherche ce que j'ai écrit ou ce que je suis susceptible d'écrire un jour.

Se dire : qu'est-ce qui me plait, là; puis, que dois-je faire pour y parvenir.

D'emblée, on sent le ton, le lecteur doit sous entendre le fond, dans ce que vous dites. C'est pourquoi le roman n'est ni philosophie, ni poésie, encore qu'il y ait les deux, là-dedans; mais voilà, elles doivent être pour ainsi dire... dissoutes.

Moi je vide la dialectique dans le fantasme, je fais descendre la dialectique dans le ça, mais c'est pour mieux m'en défaire. Il y aura toujours une transformation progressive dans le langage qui transforme aussi, sans que l'on s'en aperçoive. Un jour, vous le verrez, le roman sera bon, ou sentira bon à vos propres oreilles, et vous direz : c'est ça.

Moi j'ai tendance à m'enliser en allant jusqu'au bout, alors je n'hésite pas, je coupe, je fais des nouvelles, et la vision du monde qui sortira de moi sera au-delà des fantasmes, un autre sujet naîtra.

Je suis installée dans la poésie, et nul ne pourra m'en déloger, Ce n'est pas rien : ça veut dire que je suis dans mon langage, et là personne ne peut me débouter.
 
Ensuite le roman c'est moins une "histoire" qu'une façon de défaire les récits classiques en les retournant à votre avantage.

Vous voyez bien que le problème, c'est celui du récit. De quoi s'agit-il, qui dit quoi, qui raconte quoi, et pourquoi, et à qui, et pour dire quoi? Questionnement infini, et pour écrire mon roman, il n'y a qu'une voie, c'est de se demander qu'est-ce qui fait que tel livre, que tel texte est un "roman" ou du moins interprété comme tel? de toute façon c'est un bon exercice de style; mais la difficulté, c'est de ne pas retomber dans ma propre histoire, on ne doit que me "deviner", derrière ce que j'écris à peine. C'est quand on se prend pour une autre que l'on peut dire des choses étranges et pour ainsi dire au-delà de soi, peut-être, tout simplement, pour dire ce qui ne peut être vécu.

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Sarah 26/01/2010 21:54


Ou ou ou ou ... ça plane pour moi, comme dit la chanson.


Sarah