Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Aline Tilleul

La Fille qui n'aimait pas ses seins

Roman

Je ne peux pas me souvenir quand ni comment cela s'est passé. Je sais seulement que cela s'est produit. Tout à coup, je n'étais plus nulle part, et je n'étais plus moi-même non plus.
Je vivais dans ma maison qui me protégeait des agressions externes que j'avais subies, et je ne reconnaissais pas les vêtements que j'avais portés. Je n'étais plus la même personne. J'étais devenue une autre, et cela ne plaidait pas en ma faveur. J'avais grossi, je ne parlais plus, je n'avais plus aucune interaction. J'avais été poussée dans une extrême déréliction qui n'appelait plus rien ni personne.

Dans mon imaginaire, dans ma tête, par flashes, j'attribuais ce nouvel état à la rencontre d'un homme que j'avais cru aimer. Ne portais-je pas le nom d'un arbre qui était symbole d'éternelle fidélité ? Ce nom, il me l'avait donné, à défaut du sien, dont il m'avait violemment écartée.

Je ne pouvais pas expliquer ce qui m'était arrivé, je n'avais plus aucune énergie vitale. Peut-être que je n'existais plus, et que je n'existerais jamais plus, non plus.


Cet état était désagréable. Je me trouvais suspendue entre être et non-être, dans un état latent. J'avais longtemps attendu, l'attente à présent faisait partie de moi, et je n'attendais plus rien. J'étais l'attente bafouée, l'attente poussée à son extrême. En moi et pour moi il n'y avait plus rien ni personne à attendre. Je ne m'attendais plus. Et il n'y avait rien à attendre.

Pas de témoin non plus de cette lente dégradation de l'être jusqu'à l'infra-humanité. Mon sort n'intéressait personne. Je n'intéressais personne. Et d'ailleurs je n'existais pas, je n'existais plus, peut-être que je n'avais jamais existé.

Je n'éprouvais plus rien. Pour personne. Je n'appelais pas et je n'avais plus envie d'appeler. Ainsi je ne dérangeais personne.

Mes besoins physiques s'étaient amoindris.

Je n'avais plus besoin de contacts physiques ni d'affection. Pour quoi faire ? Mensonges, que tout cela. Mon corps se suffisait à lui-même.

Je me disais : c'est dommage. Puis, plus rien. Rien n'était dommage, il n'y avait rien ni personne à regretter.


J'étais un cadavre que l’on avait cloué dans un cercueil et jeté à la mer.
Ceux qui avaient longtemps cru que je constituais une menace pour leur bien-être, leur abjection et les compromissions dont ils étaient les hérauts, comprenaient à présent que je n'avais, que je n'avais jamais eu aucune importance. Je n'étais rien, personne. Nada. Et ils vivaient, voyageait, profitaient de tout. Ma voix était celle de la conscience, d'une confiance en l'humain, et cette voix avait été ensevelie,


Ils continueront pendant très, très longtemps à contaminer, à menacer de leur froide logique les rapports de réciprocité qui sont censés réguler les biens communs, et on ne peut que tenter de réduire leur importance.
sans jamais y arriver ...

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article