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Aline Tilleul

La Fille qui n'aimait pas ses seins

Une colombe et son peintre

 

J’ai rencontré un peintre qui à notre premier rendez-vous m’a offert une montre bijou Chopard. La montre est en argent. Inutile de dire que je ne la porterai jamais. Je ne saurai jamais non plus pour quelle raison ce cadeau me fut offert.

 

Plus tard, j'ai voulu lui parler de mon livre et le lui offris, ce qu’en principe je ne devrais jamais faire, ce que je ne fais jamais (le "staut d'artiste" selon Fadila Lanaan et cie exige une ré---mun--- (vient de munus) ---ération conséquente). Cela s’est passé ainsi : il a demandé une lecture de quelques passages. Impatient, il avait fait des photocopies. Il m’a dit l’avoir lu d’une traite, de nuit. Il m’a dit aussi qu’il aimait ma voix, lorsque je lui ai lu un ou deux poèmes. Puis, il s’est senti malade à mourir. Je ne savais pas quoi faire, je lui ai dit de prendre des somnifères et de dormir d’une traite. Je me suis enfuie persuadée de ne plus le revoir, alors que je venais de le rencontrer. Il avait justement annoncé qu’il n’en avait plus que pour un ou deux mois, puis cette crise. Heureusement, il s’est rétabli. Il est parti avec sa fille en Bretagne.  Elle lui a acheté une chaise roulante, afin qu'il puisse voir la mer ...

 

Jan est étrange. Il ne se pose pas de questions sur l’art. Il a peint et, atteint d’une grave maladie (un cancer, je crois) ne peint plus actuellement. La plupart du temps il est à peu près saoûl. Puis, sa fille lui a interdit de boire. C’est une question : le mal (alcool) annule-t-il le mal (maladie) ou est-ce le contraire ? Sur une commode il y a son dernier tableau. Il ne sait pas peindre la mer, et c’est la Mer, absolue, suggérée aussi par un immense oiseau. Une colombe dont la photo est posée à côté, un peu comme une décalque. L’oiseau blanc est comme effacé, une impression de surnaturel, de traverser la matière, visible et invisible, la mer ou autre chose, bien au-delà, du connu. C'est jan lui-même qui s'élance de l'autre côté du cadre.  Puisqu'il m'avait déjà fait un cadeau, j’aimerais qu’il me lègue aussi ce tableau, à supposer qu’il meure bientôt, mais c’est assez invraisemblable car je pense que des amis juifs à lui qui en ont déjà beaucoup veulent l’acheter.

 

Toute sa vie, Jan a peint la technique, avions et voitures.

Il ne peignait jamais les choses, mais leur essence.  Une beauté fulgurante, comme par mégarde.  Personne ne saura jamais pourquoi lui.  Il a peint. Il dit toujours que c'est tout ce qu'il sait faire.  Ses tableaux provoquent la crise cardiaque, et il n'en est pas encore mort. Jan se survit, d'où l'idée de prolonger l'oeuvre par une biographie.  Mais Jan n'est pas intéressé : la discussion sur l'art ne l'intéresse pas, la vie après la vie non plus.  Il n'y a rien à dire ou tout est dit. 

 

 

Aujourd'hui, Jan est très maigre, une maigreur à pleurer, et il ne connaît pas la pitié (les mourants n'ont aucune sympathie pour les vivants). Tant mieux ! car les prédateurs dont il s’entoure n’ont pas pitié de lui non plus. C’est sa loi de la jungle acceptée. Tout cela est très étrange. L’être profond n’est ni bon ni mauvais, il s’accroche à la vie, pathétique, tandis que la vie s’en va …

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